Lambert CONRARDY, un Père Damien liégeois…

Tout le monde connaît le Père Damien De Veuster...
Rares sont ceux qui ont entendu parler de l’abbé CONRARDY, son compagnon… C’est pourtant lui qui a vécu avec Damien sa dernière année et qui a recueilli son dernier souffle. C’est pourtant lui qui a poursuivi son œuvre durant plusieurs années…
Mais voilà, les passionnés, les rebelles, ceux qui donnent tout, ils gênent… On a encensé l’un, avec raison, on a oublié l’autre, très injustement…

CONRARDY naît à Liège le 12 juillet 1841, fils d’un professeur de musique et d’une famille « bien ». Après ses humanités, au collège des jésuites, Saint-Servais, il entre au séminaire, d’abord en philosophie à Saint-Trond, puis à Liège en théologie. Ordonné en juillet 1867, il devient vicaire à Stavelot, et professeur de religion.
Depuis longtemps déjà, il avait été attiré par le travail missionnaire. Rien d’étonnant donc à ce qu’il passe un an (1871) en formation au séminaire des missions étrangères de Paris. Il part ensuite en Inde où il rencontre des lépreux mais aussi souffre du climat…
Il rentre en Belgique pour un an de stage, puis devient missionnaire aux Etats-Unis, dans l’Oregon. A partir de 1876, il correspond avec le Père Damien et celui-ci lui demande de plus en plus instamment de venir à Molokai avec lui.
Il réalisera ce souhait en 1888. Un an plus tard, mort de Damien… dans ses bras.

CONRARDY n’est pas un homme facile, pas plus que Damien DE VEUSTER. Ce sont des tempéraments de feu, des hommes qui ont tout donné, mais aussi qui remuent ciel et terre pour avoir ce qu’ils croient le meilleur pour leurs pauvres ouailles que les autorités, civiles ou religieuses veillent bien à ne pas trop approcher…Et ces autorités n’apprécient guère le zèle de Lambert… D’autant que celui-ci peut être qualifié de prêtre moderne, démocrate, partisan de Pottier et de Daens, ce qui est hautement suspect.
Il continue pourtant l’œuvre de Damien jusqu’en fin 1895, puis il est écarté par les autorités et revient en Oregon.
Ce missionnaire ne s’arrête pas là, rien ne le décourage. Après un nouveau et bref passage en Orient, idée folle… il deviendra médecin et soignera les corps autant que les âmes… A 55 ans, le voilà qui entame donc des études de, médecine à l’université de Portland (Oregon) et les mène à bien puisqu’il est diplômé en 1900. Il parcourt ensuite les Etats-Unis puis l’Europe à la recherche de fonds pour les missions, son souci premier.

Alors, nous voici à Verviers et environs…
En septembre 1901, il est brièvement aumônier des Clarisses de Verviers. Peu après, il est chapelain à Hévremont, d’avril 1902 à janvier 1905. Période étonnante, un peu mystérieuse, mais l’abbé PROMPER nous donne quand même quelques précieuses indications dans son ouvrage de référence. Ses occupations ne l’empêchent pas de prononcer des conférences et de faire des collectes. Il repart ensuite pour le Nouveau Monde où il mène la même campagne.

En 1908, il arrive en Chine : prêtre, médecin et directeur, il gère une institution qu’il a créée pour 500 lépreux et 200 lépreuses, et qui prospérera avec l’aide de religieuses canadiennes, d’un prêtre chinois et d’un prêtre français.

En août 1914, atteint de pneumonie, CONRARDY est soigné à Hong-Kong. C’est là qu’il meurt le 24 août. Mais quelles furent ses dernières pensées ? L’Allemagne impériale venait d’envahir la Belgique. Conrardy demanda, avant d’expirer, si Liège tenait toujours…
La triste réalité ne devait atteindre l’Asie qu’un peu plus tard.
Sacré Lambert, t’es’t on vrai Lîdjwè.
Personnage incroyable, fascinant et complexe, malheureusement méconnu.

Jacques Wynants

A lire absolument :
Werner PROMPER, L’abbé Conrardy, apôtre des lépreux. Vie et documents, Bulletin de la société d’art et d’histoire de diocèse de Liège, tome LXIV, 1999
François TELLINGS, s.j., Lambert Louis Conrardy, éd. Fidélité, « Sur la route des saints », 22, Namur, 2004