Le maréchal Rommel n’est pas un ancien de l’athénée de Verviers

Au moment où l’athénée Thil Lorrain célèbre son 125e anniversaire, il faut rappeler cette vérité : il y a eu des Rommel à Verviers, mais pas de la famille du maréchal Erwin Rommel.

Armand CARABIN, dans Le Courrier (21, 23-24 avril et 3 mai 1983) et dans son Verviers vécu, publié en 1985, avait largement contribué à accréditer la légende. Pourtant, le préfet Mathieu m’affirmait en 1984 qu’il n’y avait pas trace du passage d’Erwin dans son établissement. Et, en 1989, Manfred Rommel, fils du maréchal, m’écrivait que son père n’avait pas passé sa jeunesse à Verviers ni fréquenté l’athénée.

Alors, d’où vient cette légende ?

Il y avait des Rommel en ville, dès 1860 : Adolf Rommel, de Francfort, est recensé comme membre du Cabinet littéraire. En 1863, l’Union libérale du 8 janvier signale que les bureaux de MM. Hauzeur et Rommel se trouvent rue Tranchée. En 1887, un journal local nous apprend que Madame Rommel, rue Bidaut, cherche une servante. Et un Fritz Rommel est répertorié comme comptable ou employé en 1893, 1896, 1898. En 1896, il reçoit même procuration pour la firme Hauzeur.

1914 va troubler l’histoire de cette famille. Frédéric Rommel, né à Verviers le 12 avril 1887, fils de Frédéric et de Dorothée Siebe, belge par option, célibataire, ingénieur-électricien à Paris au service de la firme Brown-Bovery est fusillé par les Belges à Louvain le 18 août 1914 avec deux co-accusés, pour espionnage au profit de l’Allemagne. En 1919, ses parents sont expulsés de Verviers vers l’Allemagne. Leurs meubles puis leur maison (coin de la rue d’Anvers et de la rue des Déportés) sont vendus.

Des études de 1997 et 2006 montrent que Frédéric Rommel aurait dû échapper à la peine capitale si les juges ne s’étaient appuyés sur un règlement dépassé. Ces études mettent aussi en évidence l’instabilité mentale de Troupin, principal accusé de cette affaire qui semble se dégonfler dès qu’on l’examine un peu froidement.

Deux remarques encore. D’abord, la troisième personne exécutée avec Troupin et Rommel est une femme, ce qui permettra aux Allemands de ricaner quand on leur reprochera plus tard la mort d’Edith Cavell. Enfin, en 1926, un frère de Frédéric Rommel demandera à la justice belge de mettre fin aux confiscations car les parents n’avaient jamais eu une attitude anti-belge. On ne sait quelle suite fut réservée à cette requête.

Jacques Wynants

Voir Jacques WYNANTS, Pour en finir avec la légende des Rommel verviétois, dans Bulletin d’information du CLHAM, juillet-septembre 2005, p. 15-18 et octobre-décembre 2006, p. 4.
Ces articles sont largement redevables aux recherches inédites du professeur Francis BALACE de l’université de Liège, et de Léonard GARDIER, chercheur et collectionneur impénitent.