Novembre 1918 à Verviers


Déjà en 1916, la population s’en prend violemment aux profiteurs de guerre,encore plus haïs que les Allemands.

C’est vieux, presqu’un siècle…
Et pourtant, mon grand-père me racontait comment il avait pris mon père dans ses bras pour qu’il voie par la fenêtre passer un Zeppelin.

A partir de septembre 1918, la progression des Alliés se fait constante et durable. Les Allemands reculent. Des mutineries éclatent dans l’armée outre-Rhin.

Les Belges, et spécialement les Verviétois, vont vivre une avant-libération de plusieurs semaines, marquée par la nervosité des occupants, les réquisitions abondantes. Le Kaiser s’était installé au château de Neubois, à Spa, propriété du sénateur Peltzer de Clermont. Les notables allemands se partageaient les résidences spadoises les plus cossues.

Tout cela ne facilitait pas la vie des civils… Peu avant l’Armistice, des hôpitaux militaires et des dépôts de matériel se replièrent à Verviers. Activité bourdonnante des officiers d’état-major à l’Athénée. (Leur mess se situe au château Bettonville, avenue Peltzer, et l’on a même réquisitionné une ligne de tram pour les y conduire !) Les réquisitions allemandes abondent et paralysent la vie normale.

La révolte (née de la Révolution russe de 1917) couve parmi les troupes. A Verviers, comme à Liège, à Anvers ou ailleurs, on arbore le drapeau rouge sur les immeubles réquisitionnés. Le palais de justice accueille un comité de soldats, auquel Edmond Duesberg aura le culot de s’adresser pour faire hisser le drapeau belge à partir du 11 novembre. Il y a des gens qui ne doutent de rien, qui osent… et qui gagnent.

La discipline n’existe plus parmi les troupes. Les officiers ne sont plus respectés mais conspués et ridiculisés. Le 15, pour aiguiller les convois en retraite, un soldat se plante aux carrefours avec un brassard « homme de confiance du conseil des ouvriers et soldats ». Le 11 novembre, calme plat en ville. La nouvelle n’est finalement connue que le lendemain. Joie folle, drapeaux…

15 jours pour évacuer : voilà l’accord imposé aux vaincus. Autant dire que les hommes en retraite vendent leur équipement, pillent et s’en vont rapidement. Depuis le 9, le collège des bourgmestre et échevins siège pour essayer de maintenir la population dans le calme.

Fin du mois, juste avant l’arrivée des troupes alliées, puisque les Allemands avaient quinze jours pour déguerpir, des excès se produisent : tonte de femmes trop complaisantes, représailles contre des commerçants trop intéressés… des foules incontrôlées incendient des maisons à Verviers, Heusy, Pepinster et ailleurs. En deux soirées, une quarantaine d’actions de ce type sont recensées. Mais dès le 29, les Alliés sont présents : Belges, Ecossais, Néo-Zélandais, Français, Anglais… C’est la liesse !

La population , meurtrie, devait maintenant retrouver son activité du temps de paix, accueillir, plusieurs semaines plus tard, ses soldats et punir les profiteurs de guerre.

On allait remettre le couvert moins de trente ans plus tard…

Jacques Wynants

On trouvera une bibliographie à la fin du texte de Jacques WYNANTS, Deux occupations, deux libérations, dans Un Jour, un siècle. La mémoire de Verviers au quotidien, Verviers, 1994, p. 84.