Les Allemands à Verviers

Non, il ne s’agit pas ici des Allemands qui, deux fois en un quart de siècle, ont envahi la Belgique. Bien plus prosaïquement, on veut évoquer la dans la région de nombreux immigrés allemands, des années 1840 à la Première Guerre mondiale.

Verviers accueille très tôt, dès les années 1840 si pas plus tôt, un grand nombre d’Allemands, attirés par cet « Eldorado textile ». Ce sont, pour la plupart, des gens qualifiés d’ouvriers d’usine. Cette première immigration provient surtout de la région d’Aix-la-Chapelle, de Montjoie et de l’Eifel.

D’où un développement rapide et spectaculaire de toutes les initiatives s’adressant à ces nouveaux Verviétois : paroisse catholique allemande très vivante, écoles allemandes fréquentées par plus de trois cents élèves en moyenne, dédoublement français-allemand du culte protestant au temple de Hodimont, mais présence active de groupes plus informels comme les Frères de Plymouth (temple de la rue Donckier), fondation d’une section allemande de la Vallée de la Vesdre affiliée à la Première Internationale.

Après 1870, nouvelle vague d’immigration allemande, sans doute liée au Kulturkampf mais aussi à des raisons plus simples comme le désir d’éviter un lourd et long service militaire dans l’Empire ou possibilité, en Belgique moins avancée socialement, de mettre les enfants au travail. De cette époque datent un foisonnement extraordinaire d’activités : les anciennes continuent à prospérer, les nouvelles s’adressent à tous les publics et à tous les centres d’intérêt, du patro aux bals masqués en passant par une chorale, la bibliothèque ou même une presse, assez éphémère.

Cette seconde vague migratoire nous amène principalement une population ouvrière, sans négliger pour autant les ingénieurs, les chimistes, les techniciens, les hommes d’affaires, moins nombreux sans doute, mais plus attachés aussi à une culture et à un patriotisme germaniques (certains sont officiers de réserve). En 1887, à la mort du père jésuite alsacien, premier desservant de l’église allemande (chapelle Saint-Lambert), il y aurait 14.000 Allemands dans la région, dont 12.000 en ville et 2.000 en périphérie.

Entre vieux Verviétois et nouveaux arrivants, il n’y a guère de problèmes. On ne se gêne pas pour fréquenter l’école allemande, même si l’on est wallon de pure souche ; par ailleurs, aucune honte à proposer des « échanges linguistiques » entre jeunes Wallons et Allemands ou à placer dans la presse verviétoise de petites annonces en allemand. On sent une profonde compénétration, très naturelle, et qui ne provoque quelques rares tensions que dans les périodes de crise comme 1870-1871 ou, après 1908, lorsque devient concrète la montée de l’impérialisme outre-Rhin.

C’est la Première Guerre mondiale, non pas à cause de l’invasion, mais en raison des atrocités des soudards teutons lors des premiers jours, qui provoquera, pour toujours, la rupture de cet état de grâce transfrontalier. La responsabilité du Kaiser et de ses sbires est énorme : ils on conchié une situation jusque là harmonieuse.

Pour conclure, invitons les lecteurs à consulter leur arbre généalogique : beaucoup d’entre eux se retrouveront sans nul doute des ancêtres allemands, arrivés souvent à Verviers au 19e siècle.

Jacques Wynants

Pour en savoir plus, consulter :
Jacques WYNANTS, Les germanophones de la province de Liège entre l’enclume belge et le marteau du Reich. 1910-1914, dans Bulletin d’information du Centre liégeois d’histoire et d’archéologie militaires (CLHAM), Liège, octobre-décembre 2005, p. 5-16.