Des curés au pouvoir en mai - juin 1940

En mai-juin 1940, nombre de communes un peu partout en Belgique se sont retrouvées dépourvues de leur bourgmestre, de leurs échevins et conseillers communaux. Ceux-ci étaient partis pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

Les autorités gouvernementales avaient prévu ce cas dans des instructions publiées en 1936. On s’était souvenu en effet de certaines fâcheuses situations de vacance du pouvoir et d’agitation populaire lors du reflux des Allemands à partir du 11 novembre 1918. Ainsi existait la notion de « conseil des notables ».

En février 1940, il devint clair que toute évacuation de civils serait proscrite dès le début d’un conflit. Mais la nouvelle position du gouvernement ne paraît pas avoir été enregistrée par la population.

Les évêques, quant à eux, avaient, en février aussi, envoyé des instructions au clergé. Celui-ci devait suivre ses ouailles ou la majorité d’entre elles. Si plusieurs prêtres se trouvaient dans une même paroisse, ils devaient se répartir éventuellement entre les différents groupes.

Arrive le 10 mai avec « la défaillance de nombreuses autorités locales (Paul Struye) ». Des prêtres en grand nombre vont alors s’occuper du sort de leurs concitoyens abandonnés. C’est le cas à Tellin (Luxembourg), à Tournai, à Jambes, à Harmignies (Hainaut) par exemple. Dans notre région existent aussi quelques « beaux cas ».

Le curé Barla, de Lambermont, a joué au bourgmestre du 10 au 13 mai, utilisant comme sceau officiel le cachet de sa fabrique d’église, nommant un garde champêtre, organisant la traite des vaches et le soin des bêtes, la vente de denrées alimentaires… Barla signale que le curé Smeets de Wegnez a aussi été impliqué dans la gestion de sa commune, mais nous n’avons rien retrouvé à ce sujet. Par contre, il mentionne le cas de Pepinster, avec le curé Genot.

Et là, les renseignements ne manquent pas. L’abbé Genot organise un campement pour quarante personnes dans son presbytère, met sur pied un service de repas, désigne un bourgmestre (le seul conseiller resté sur place, vieux et très malade), se rend deux fois à des réunions des bourgmestres à Verviers. Il nous reste une délibération du conseil provisoire du 16 mai, montrant les difficultés de l’heure et la débrouillardise des quelques personnes qui gravitent autour du curé.

L’aventure de Thimister n’est pas moins intéressante. Le curé Grenson et son vicaire sont aussi membres du comité des notables et signent donc une décision d’emprunt à la Ville de Verviers.

Ces trois cas régionaux ne sont que quelques exemples de l’engagement de nombreux prêtres au service de la chose publique à un moment où les élus avaient disparu.

Jacques Wynants