Notre histoire nationale et la révolution de 1830

De la révolution de 1830, nous gardons une conception fortement inspirée par notre école primaire (merci, à l’époque, on en parlait ; et maintenant ?).

Le Belge sortait du tombeau et chassait le méchant Hollandais.

L’unité parfaite dans l’ indépendance succédait à la vile oppression batave. C’était le début d’un âge d’or, sous la houlette de nos souverains successifs

Léopold I, c’était un protestant, mais rien à redire, il nous a tirés du pétrin, et il avait une nièce précieuse, la Reine Victoria.

Léopold II, amateur de jolies femmes, remarquable urbaniste mais, nous a-t-on dit récemment, il coupait les mains des Congolais fainéants.

Albert ? Pas de problème. Le roi-chevalier, vénéré partout, sans défauts. Bref, un saint laïc.

Sur Léopold III, on passe vite, non pas qu’il soit moins noble que les autres, mais parce qu’il reste sujet à controverse et que le temps n’a pas encore fait son oeuvre.

De Baudouin, on ne dit que du bien. Dommage qu’il n’ait pas eu d’enfants ! Ce jeune homme effacé qui atterrit à la tête de la Belgique s’en est très bien tiré.

Son frère Albert, dont la dernière prestation officielle comme prince de Liège avant de devenir roi quelques jours plus tard fut la participation au Te Deum à Verviers le 21 juillet 1993, se débrouille pas mal.

Voilà sans doute les images que nous gardons de l’historie de Belgique.

Tout ce que je viens d’exposer, ce sont des clichés, des raccourcis faciles mais très approximatifs.

Je voudrais vous inviter à une lecture un peu moins superficielle de notre histoire.

Aujourd’hui, je commencerais par la révolution de 1830, quand le Belge est sorti du tombeau.

Cette révolution a bien eu lieu. C’est vrai, mais elle est multiforme.

Le noble fransquillon de Bruges, le paysan wallon de Solwaster, l’ouvrier de Verviers, le notable de la botte du Hainaut, la pauvresse du Luxembourg, ne vivent pas la même révolution.

Les uns veulent plus de liberté, les autres veulent plus de respect de la religion catholique,

Certains demandent du pain et du travail , d’autres souhaitent le démontage des machines qui, pensent-ils, leur enlèveront le pain de la bouche, d’autres encore veulent simplement suivre les principes du Siècle des Lumières.

Il y a une révolution mais à travers des aspirations très différentes et parfois contradictoires.

A Verviers, la révolution de 1830, c’est la mise à sac de maisons bourgeoises, la protestation contre le machinisme croissant, la protestation contre la misère, tout autant que le rejet d’une domination politique jugée étouffante.

Jacques Wynants